Votre enfant grimpe trop haut, court trop vite, disparaît derrière un buisson ? Ça a un nom : le jeu risqué
Vous connaissez ce moment : votre enfant grimpe un peu trop haut, prend le toboggan à l'envers, ou disparaît trois secondes de trop derrière un buisson, et votre cœur fait un bond. Bonne nouvelle : ce comportement a un nom, il a été étudié sérieusement, et il porte même un message plutôt rassurant pour les parents 🧗.
Le jeu risqué, une chercheuse lui a donné un nom
Ellen Sandseter, chercheuse norvégienne spécialiste de la petite enfance, a passé des années à observer des enfants de 4 à 6 ans en train de jouer. Son constat : ce qui ressemble à de la prise de risque gratuite suit en fait des schémas très reconnaissables, qu'elle a regroupés sous le terme de « jeu risqué » (ou risky play en anglais).
Les six familles de jeu risqué
Dans ses travaux de catégorisation du jeu risqué, Sandseter en distingue six grandes catégories, toutes observables sur une aire de jeux ordinaire :
- La hauteur : grimper, sauter, se suspendre
- La vitesse : glisser, courir, se balancer fort
- Les outils potentiellement dangereux : creuser, transporter des bâtons, manipuler des objets
- Les éléments naturels : l'eau, le feu, les à-pics
- La bagarre pour de faux : chahuter, se poursuivre, lutter sans se faire mal
- Disparaître : s'éloigner du regard adulte, se cacher, explorer seul
Si votre enfant coche plusieurs cases à chaque sortie au parc, rassurez-vous : c'est très exactement ce qui est censé se passer.
Pourquoi c'est bon pour eux
D'après les travaux de Sandseter et de son collègue Leif Kennair sur les effets anti-phobiques du jeu risqué, s'exposer à des situations qui font un peu peur, en gardant le contrôle, aide justement l'enfant à ne plus en avoir peur par la suite. La Société canadienne de pédiatrie confirme que le jeu risqué extérieur contribue au développement physique, social et émotionnel, en aidant les enfants à construire leur jugement, leur confiance en eux et leur résilience 🌳.
Autrement dit : un enfant qui apprend à évaluer lui-même "jusqu'où je peux grimper avant que ce soit trop" développe une compétence bien plus utile sur le long terme qu'un enfant qui n'a jamais eu l'occasion de se poser la question.
Le lien avec les normes de sécurité
Ça rejoint directement ce qu'on racontait dans notre article sur les normes EN 1176 et EN 1177 : la sécurité d'une aire de jeux ne vise pas à supprimer le risque, mais le danger caché, celui que l'enfant ne peut pas évaluer lui-même (un piège de coincement, une structure mal ancrée). Le risque "visible et choisi", lui, reste entièrement la part de l'enfant. C'est exactement la distinction que porte le jeu risqué : les adultes gèrent le danger caché, les enfants gèrent le risque qu'ils voient.
Ce que ça change concrètement pour vous
Pas besoin de révolutionner votre façon de faire. Quelques réflexes suffisent :
- Rester disponible sans intervenir au premier signe de vertige
- Résister à l'envie de dire "fais attention" en boucle (ça n'aide pas l'enfant à évaluer le risque par lui-même)
- Faire confiance à l'aire de jeux : si elle respecte les normes, les dangers cachés sont déjà écartés, à vous de laisser le risque faire son travail
Et ça vaut aussi bien en extérieur qu'en intérieur : un parc couvert avec structures à grimper ou trampolines coche aussi plusieurs cases du jeu risqué (hauteur, vitesse), pas besoin d'attendre le beau temps pour laisser un enfant tester ses limites ☔.
La prochaine fois que votre enfant grimpe un peu trop haut à votre goût, respirez : il ne fait pas n'importe quoi, il fait exactement ce qu'un enfant est censé faire. 🛝